vendredi 1 avril 2016

Le Salon du Livre 2016, ou l'occasion de parler de littérature coréenne

En ce mois de mars se tenait la 36e édition du Salon du Livre, événement d'importance à la fois pour les professionnels, mais aussi pour les passionnés.

Annonciateur de printemps, le Salon du Livre a tenté cette année de se renouveler en invitant de nouvelles personnes, de nouveaux auteurs, proposant à chaque fois des choses nouvelles et inattendues. Malgré une baisse de fréquentation de 15% par rapport à l'année passée, le Salon du Livre à su se montrer à la hauteur. Presque 800 rencontres et conférences, 3000 auteurs, une toute nouvelle scène littéraire et des espaces thématiques (BD littérature, culinaire, jeunesse, etc...). Voilà ce que nous proposait cette dernière édition du Livre Paris.
Cette année la volonté du Salon était de proposer un renouveau, avec notamment une programmation culturelles en dehors des murs du Salon, «Livre sur Seine» a pris place sur les berges de la Seine sous le thème de la littérature jeunesse.
Une programmation nocturne était également prévue, les portes du Salon étant ouvertes jusqu'à 22h. Trois grandes nouveautés étaient aussi présentes: celle d'un pan entier concernant la Bande dessinée -une des grandes stars de ce Salon-, mais également le square Religion, Culture et Société, et enfin, la mise en valeur de la littérature sud-coréenne, thème qui va nous intéresser plus particulièrement aujourd'hui.
30 écrivains sud-coréens étaient conviés, tout genre confondus, également accompagnés d'une vingtaine d'éditeurs. Réputés pour les manhwa (les mangas coréens), les auteurs coréens sont également talentueux en littérature et en poésie. De grands noms sont ici pour représenter la littérature asiatique, comme Hwang Sok-young, considéré comme l'un des plus grands écrivains coréen, et Lee Seung-U, lauréat du prestigieux prix Daesan, équivalent du prix Goncourt, étaient présent sur le salon.
La maison d'édition Actes Sud, a notamment lancé en 1980 une collection «Lettres coréennes», permettant au public de découvrir ces grand auteurs asiatiques finalement peu connus en France. Et aujourd'hui, même si la littérature coréenne s'est démocratisée, elle reste néanmoins assez méconnue et trop peu valorisée. Une rencontre-débat à donc eu lieu au salon à propos du renouveau de la littérature sud-coréenne. Il est tout d’abord intéressant de noter que la Corée du sud est un des pays où on lit le plus. Symbole de l'identité national, le coréen comprend une quarantaine de caractères, et a été créé en 1444.
Profondément marquée par l'occupation japonaise au début du XXe siècle et par l'écrasante domination chinoise, de nombreuses œuvres sont des romans de guerre ou des romans historiques. Cela, plus la guerre civile opposant le Nord et le Sud de la Corée on laissés des cicatrices profondes dans les esprits. Émerge alors une nouvelle sensibilité intellectuelle, renouvelant la création et l'inspiration littéraire. Longtemps opprimés par des pays envahisseurs, que cela soit directement par la Chine ou le Japon, ou alors par les États-Unis avec l'occidentalisation et la mondialisation, la littérature sud-coréenne semble être un véritable moyen d'affirmer son identité national.

 Trois grands mouvements de pensées se succèdent avant la Seconde Guerre Mondiale. Le premier était un mouvement contestataire virulent face à l’oppression nippone. Une forme de résistance se créer, réunissant civils et leader dans de violentes manifestations lourdement réprimandées par les japonais.Suite à cela apparaît un mouvement de néoconfucianistes qui apparaît principalement entre 1919 et 1930.
Parallèlement à cela, un nouveau souffle est apporté par les courants de pensée européens tel que le naturalisme, le réalisme ou encore le symbolisme; une ouverture aux nouvelles pensées et technologies façonne la façon d'écrire de nombreux écrivains de l'époque.Puis vient, jusqu'à la seconde guerre mondiale, une pensée plus collaborative et dans l'acceptation de la domination japonaise. De nombreux auteurs seront jugés puis emprisonnés à cause de cette collaboration.
Une libération s'opère vers les années 1990, à la suite d'une longue époque de censure où se suivaient au Nord une dictature impitoyable et au Sud des régimes autoritaires incessants.Kim Su-Yong est un des grands noms de la littérature à avoir participé au renouveau de la celle-ci, et plus particulièrement à la création d'un nouveau courant moderniste décrivant les bouleversements économiques et sociaux de la Corée du Sud en proie au rythme de l'industrialisation et de la mondialisation toujours plus fort et plus rapide.Se développe ensuite une littérature plus engagée et militante qui décrit les conditions de vie difficiles de la classe pauvre, notamment avec Hwang Sok-Yong qui fut l'investigateur de la revue Littéraire de la Réunification: «Quand je suis allé en Corée du Nord, j’ai réalisé que les écrivains du nord lisaient les poèmes et les nouvelles les plus progressistes provenant du sud. La principale raison de ma visite était de promouvoir les échanges entre l’Association des artistes sud-coréens et la Fédération générale de littérature nord-coréenne ainsi qu’avec les groupes artistiques travaillant là-bas. J’ai suggéré de commencer une revue qui reprendrait les travaux littéraires à la fois du nord et du sud. C’est comme ça que la revue Littérature de la Réunification a vu le jour, cette revue a permis de faire connaître de nombreux auteurs sud-coréens en Corée du Nord.» dira t-il.

Il est tout de même intéressant de noter qu'un premier pas à été fait pour la littérature nord-coréenne. Le livre «Des amis» de Baek Nam Ryonk a été publié par Acte Sud, parlant de divorce, un sujet encore sensible dans certaines sociétés coréennes. Pouvons-nous espérer une plus grande émancipation de la littérature nord-coréenne pour bientôt? Difficile à dire. En tout cas la publication de cette œuvre de Baek Na Ryonk permettra peut être de faire tombe quelques préjugés sur la Corée du Nord. Toujours vers les années 1980/1990, suite à la fin de la colonisation qui a été suivie par le conflit Nord/Sud, apparaît de nouveaux thèmes chez les intellectuels coréens: le post-colonialisme, la réaffirmation de l'identité nationale, et le retour de sujets tel que le confucianisme, la tradition, ou encore la nature refont leur apparition.

Aujourd'hui, la situation s'était apaisée, il n'y a plus que très peu de littérature engagée. La littérature est plus tournée vers la mondialisation et les influences occidentales. Naissent alors des œuvres comme «Une famille à l'ancienne» de Ch'on Myonggwan, où se mêlent pornographie, prostitution et délinquance faisant fi de toutes les interdictions passées. Nous pouvons tout de même constater que la littérature moderne coréenne ne se vend pas à l'étranger, même si des organismes tel que le «Literature translation Institute of Korea» tente de promouvoir la littérature sud-coréenne avec le concept de K-littérature.Reste à savoir si la promotion de la littérature coréenne au sein du Salon Paris aura permis une avancée dans cette optique.